La liberté absolue de conscience


Parallèlement à la bataille d'idées sur l'engagement politique, les convents (assemblées générales) du Grand Orient de France au XIXe siècle ne cessent de faire évoluer les principes maçonniques, notamment sous l'influence du philosophe et journaliste libre penseur Alexandre Massol (1805-1875), auteur de La Morale Indépendante.

Le Grand Orient de France est précédé dans cette voie par le Grand Orient de Belgique qui, dès 1871, supprime pour ses loges l'obligation d'invoquer Dieu, Grand Architecte de l'Univers. La franc-maçonnerie française, comme son homologue belge, est confrontée à l'intolérance cléricale.

En 1876, le Convent décide, par 110 voix contre 65, le renvoi à l'Etude des loges d'une nouvelle modification de l'article 1er de la Constitution du Grand Orient de France supprimant les références métaphysiques. Les loges en débattent à un moment où elles sont engagées contre l'ordre moral et les tentatives de restauration en France de la monarchie et de la toute puissance de l'Eglise catholique romaine.

Le pasteur gardois Frédéric Desmons est le rapporteur du voeu n°9 visant à la suppression de la croyance obligatoire en Dieu et en l'immortalité de l'âme.

La nouvelle rédaction de l'article 1er de la Constitution du Grand Orient de France est ainsi rédigée :

"La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthropique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale universelle, des sciences et des arts et l'exercice de la bienfaisance. Elle a pour principes la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine. Elle n'exclut personne pour ses croyances. Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité."

Ce texte, qui a connu par la suite quelques modification de forme, a résisté à l'épreuve du temps et reste la base doctrinale de la franc-maçonnerie libérale ou adogmatique jusqu'à nos jours.

On entend par franc-maçonnerie libérale ou adogmatique celle qui proclame la liberté absolue de conscience, n'exige plus de ses membres qu'ils croient en Dieu et en l'immortalité de l'âme, ne leur fait pas obligatoirement prêter serment sur la Bible.

La franc-maçonnerie libérale ou adogmatique s'oppose à la franc-maçonnerie dogmatique dite "régulière" incarnée par la Grande Loge Unie d'Angleterre qui a la prétention illusoire de se poser en puissance régulatrice de la franc-maçonnerie universelle.