La Franc-Maçonnerie en Lozère

Des racines anciennes

En dépit de l’intérêt particulier que portait Guillaume DURAND, évêque de Mende au début du 14ème siècle, à la construction des cathédrales, il n’existe aucun document connu, d’époque médiévale, témoignant directement de l’activité en Lozère de « Francs-maçons » c’est à dire de maçons libres travaillant ici et là sur les chantiers de construction de l’époque. Seules les pierres parlent.

On peut voir ainsi sur plusieurs églises de Lozère, les signes du passage de ces compagnons tailleurs de pierre, héritiers de traditions ancestrales, que certains font remonter au-delà du Temple de Salomon jusqu’en ancienne Egypte.

Pour revenir aux traces historiques maçonniques en Lozère, citons l’église romane St Flour du Pompidou comme exemple intéressant : on peut y observer de nombreux signes de métier, des marques de compagnons gravées dans la pierre, signatures de chantier qui permettaient au maître d’œuvre de reconnaître le tailleur de chaque pierre et de le payer selon la quantité et la qualité du travail réalisé. Dans le cimetière voisin, on trouve parmi les herbes folles une belle pierre tombale maçonnique, d’époque plus tardive. Elle témoigne de l’intérêt que suscitait ce monument parmi les hommes du « métier », puisque certains d’entre eux semble-t-il, ont souhaité s’y faire inhumer à proximité.

L’influence du siècle des lumières et la Maçonnerie philosophique

Cette maçonnerie de métier, « opérative », évoluera au tout début du 18ème siècle en Angleterre, sous l’influence de Newton et du Pasteur Désaguliers, natif des environs de La Rochelle, vers des travaux plus intellectuels. Les premières loges créées ici et là  en France à la même époque, s’organisent officiellement en 1728. Elles se rassembleront en 1773 en se fédérant dans le cadre du « Grand Orient de France », la plus ancienne des obédiences maçonniques de notre pays. Tout en conservant certains symboles et traditions issus des loges compagnonniques de bâtisseurs, elles constituèrent des espaces de liberté et attirèrent rapidement dans leurs assemblées beaucoup d’hommes de progrès de l’époque, qu’ils soient nobles, religieux ou issus du « Tiers état », attirés par les réflexions philosophiques du « siècle des lumières ».

La Lozère à cette époque semble rester à l’écart de ce mouvement de pensée. Son isolement et les difficultés de communication y ont souvent retardé la diffusion des idées nouvelles. (L’art gothique par exemple, né en Bourgogne et en Ile de France au 12ème siècle, n’arrivera en Lozère que deux siècles plus tard….). Toutefois, un Lozérien célèbre découvrira la Franc-maçonnerie dès cette époque et y participera largement, en la personne de Jean-Antoine CHAPTAL, né à Badaroux en 1756, grand chimiste et homme politique qui créa en France les premières fabriques de produits chimiques et fonda la première École des Arts et Métiers. Il fut initié Franc - Maçon avant la Révolution, à la Loge "La Parfaite Union" à Montpellier.


La première loge maçonnique n’apparaîtra en Lozère qu’au début du 19ème siècle, et encore, sous l’impulsion du pouvoir napoléonien de l’époque, si l’on en juge par sa composition sociologique. Sous le nom de « L’école des bonnes mœurs » elle fut fondée en 1803 à Mende, avec la participation très majoritaire de fonctionnaires impériaux affectés dans le département.

Des documents anciens, déposés à la Bibliothèque nationale, permettent de suivre son activité jusqu’en 1806. Elle constituait vraisemblablement le regard du pouvoir impérial sur les activités du département (l’organiste de la cathédrale de Mende en faisait partie : une façon comme une autre de surveiller les sermons de l’évêque du Gévaudan…). Elle disparut probablement avec le Premier Empire.

La Maçonnerie laïque et républicaine

Il faut ensuite attendre 1879 pour retrouver des archives témoignant d’activités maçonniques en Lozère. A Florac, avec le concours d’un célèbre gardois, le Pasteur Frédéric Desmons, qui fut grand maître du Grand Orient de France, se créée « L’union lozérienne », loge d’inspiration populaire et républicaine. Elle sera ensuite transférée à Mende à partir de 1884, et participera activement à l’installation de l’école publique en Lozère, dans le climat particulièrement tendu que connût le département, dans le contexte des événements qui aboutirent à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle disparaîtra après la Première guerre mondiale, victime de l’hémorragie humaine que connut alors la France.

Ceci n’empêcha pas le régime de Vichy de lancer la chasse aux Francs-maçons en Lozère, comme en témoignent les nombreuses pièces déposées actuellement aux Archives départementales. Ainsi, le 25 septembre 1942, le commissaire de police de Mende écrit au Préfet pour communiquer le résultat de son enquête sur un certain Franc-maçon portant le nom de NEMO, domicilié 10 rue de la Jarretière. (Cette adresse fut effectivement celle du siège de la loge "l'Union Lozérienne", vendu à une particulière le 11 août 1930, suite à la cessation de son activité en 1924).

Ce fonctionnaire zélé précise que « tous les adhérents sont décédés ou ont quitté la ville de Mende et qu’il est impossible de recueillir d'autres renseignements ».  Notons que Monsieur NEMO n’était qu’un pseudonyme humoristique sur une boite à lettres, car tout latiniste sait que NEMO signifie « Personne » dans la langue de Cicéron. Mais le très sérieux commissaire de police mendois ne décela manifestement pas la finesse et le double sens de cette allusion ….

La Maçonnerie contemporaine

Les activités maçonniques reprirent en Lozère en 1971, avec la création d’une nouvelle loge du Grand Orient de France, L’Espoir Laïque, toujours très vivante aujourd’hui. Plus tard, en 1981, l’on observa la tentative d’implantation d’une loge mixte, Paix et Liberté, rattachée à la Grande Loge Mixte de France, pour offrir la possibilité aux femmes qui le souhaitaient, de participer en Lozère à des activités maçonniques. Elle travailla dans des conditions difficiles jusqu’en 1986, puis fut  « mise en sommeil » provisoirement. A cette époque, vit le jour Gabalum, une loge affiliée à la Grande Loge Nationale Française (il semble qu'elle existe toujours). L’intitulé de ces loges donne probablement une indication sur les centres d’intérêt de leurs fondateurs, même si l’on peut supposer qu’ils aient évolué depuis.

En 2002 fut également fondé en Lozère  un chapitre du Grand Orient de France au rite français (Les Hospitaliers du Gévaudan) qui rassemble les Maçons expérimentés de loges voisines voulant approfondir leur parcours philosophique. La vie maçonnique se porte bien en Lozère dans la mesure où 2006 et 2007 voient apparaître deux nouvelles loges se référant à deux obédiences différentes, l’une masculine (Souffle Gabale) dans le cadre de la Grande Loge de France, l’autre mixte (La Louve d’Anderitum) dans le cadre du Droit Humain. En 2013, L'Union Lozérienne est réveillée et, l'année suivante, elle est installée officiellement au nom et sous les auspices du Grand Orient de France.

La Franc-Maçonnerie lozérienne compte donc aujourd’hui cinq loges et un chapitre pour environ une centaine de membres, soit un maçon pour mille habitants, ce qui est proportionnellement deux fois plus faible que la moyenne nationale. Tous ne fréquentent pas nécessairement les loges lozériennes, et peuvent être affiliés dans les loges de départements voisins.

Pour en savoir plus…

Il est aisé d’entrer en contact avec ses différentes obédiences, en regardant Internet ou l’annuaire téléphonique parisien, car la Franc Maçonnerie n’est pas une secte (il est moins facile d’y entrer que d’en sortir…) mais une institution à but philosophique et philanthropique, reconnue par la République.

A partir d’outils symboliques et de procédures de travail en groupe hérités d’antiques traditions, elle propose à tous, hommes et femmes « de bonne volonté », de toutes origines, de toutes conditions et de toutes convictions politiques, sociales ou religieuses, à la fois un travail sur soi-même et sur la société, pour avancer ensemble vers une humanité plus éclairée et solidaire, en un mot, plus fraternelle.